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Mycènes-Patras, 165 km, comptez environ 2 heures et quart de route. CORINTHE, PELOPONNESE, CORINTHIE
RION-ANTIRION, GRECE-OCCIDENTALE
PATRAS, GRECE OCCIDENTALE, GRECE
DU PIREE A MYCENES, PELOPONNESE LA DERNIERE ETAPE VERS VEVEY |
Au retour d'une petite balade dans un Mycènes encore endormi, je passerais un intéressant moment, bien agréable, à deviser avec Monsieur Pandelis, hôtelier à Mycènes, agriculteur et officier mécanicien de marine, en attendant mes compagnons de voyage. Nous prenons tous un magnifique petit déjeuner agrémenté de fruits fraîchement cueillis, mandarines et grenades, des vergers de notre hôte. Il est décidé de rejoindre Patras par la route la plus directe, plutôt que de se balader dans le Péloponnèse au risque de rater le bateau. Le départ vers le retour est dénué du moindre enthousiasme. Nous sommes bien vite sortis de la plaine d'Argos, sur l'autoroute vers Corinthe. Passé la Corinthe antique nous bifurquons vers l'Ouest, sur la voie rapide qui longe le golfe de Corinthe vers Patras. La circulation sur cette route en travaux est bien plus dense et que ce que nous avons connu ces derniers jours. La prudence et la peur du gendarme n'étant pas les caractéristiques majeures de l'automobiliste grec, la plus grande attention est de mise. Les véhicules accidentés, alignés derrière le garage d'un relais routier, vont nous conforter dans la conviction que cette route est pour le moins dangereuse. Nous atteignons avec un certain soulagement les premiers faubourgs de Patras où nous faisons le cinquième et dernier ravitaillement de ce voyage aux confins de l'Europe. Sur cette route vers le port, c'est le premier contact avec la plus profonde misère de l'immigration ; par petit groupes, l'un ou l'autre de ces aspirants à la chimère de l'eldorado européen, essaie de s'introduire clandestinement dans une camionnette ou un camion. Dispersés avec résignation par quelques coups de sirènes d'une voiture banalisée, ils reviendront bientôt, juste un peu plus désespérés. Le long des grilles du port c'est la rencontre avec des regards de désespoir et de rêves brisés avant d'avoir commencé.
L'Olympia Cruise est à quai quand nous y parvenons après les multiples contrôles d'une police depuis longtemps désabusée, toujours le long de ses grilles tenues par des mains du désespoir, toujours sous ces regards accablés. L'embarquement n'étant prévu qu'au milieu de l'après-midi nous nous garons avec le conseil de garder un oeil attentif sur notre véhicule ouvert. A l'ombre, j'attends, affecté d'approcher de si près une misère qui n'intéresse que ceux qui l'exploitent et ne désespère que ceux chargés de l'endiguer, le retour de la famille à l'avitaillement. Ravitaillés, la voiture déplacée en face de la poupe ouverte, attentivement gardée, de l'Olympia Cruise, nous partons tous à faire quelques pas en ville. La zone de contrôle, au milieu de ces regards perdus bien au-delà de la mer, est passées sans la moindre question ; bonnes mines d'Européens obligent. La voie de chemin de fer traversée, nous sommes déjà en pleine ville de Patras. En quelques pas, seule la silhouette massive de l'Olympia Cruise peut rappeler que nous sommes dans une zone portuaire. La Ville basse de Patras est le quartier commercial d'une cité en proie à de sérieuses difficultés économiques. Les terrasses bondées de bars à la mode, alternent avec les pas de porte de grandes enseignes européennes chics et des ruines abandonnées ou de, plus en plus rares, rescapées d'une déconfiture annoncée. Ce quartier de Patras est une caricature violente de l'avenir européen : la rare classe privilégiée y est omniprésente, arrogante à son corps défendant, la classe moyenne décimée, fataliste, se fait discrète, la misère étouffée, cachée, y transpire de chaque port. Nous rejoignons le quai vers Ancône, vers l'Italie, vers la Suisse, vers le retour à l'égoïsme du bien-être élevé au rang de vertu.
L'heure de la permission de monter à bord est repoussée dans l'attente des polices grecques et italiennes qui contrôleront avec le plus grand soin les châssis et les ponts des camions, jusqu'à notre véhicule, à la seule recherche de clandestins. Du pont supérieur, à la poupe de l'Olympia Cruise, nous suivrons encore amplement cet embarquement très méticuleusement filtré. Nous observerons ce grand noir à l'air bonhomme, qui n'embarquera qu'aidé par le policier qui venait de le déposer de sa voiture, avec une poignée de main d'excuse, après plus d'une heure de contrôles au poste, alors qu'il était déjà en mains à repartir pour un deuxième tour. C'est avec une grosse demi-heure de retard que débutera la délicate manoeuvre de sortie du port de Patras. Nous regarderons s'éloigner Patras, les vacances, sous le soleil grec. Nous resterons longuement sur le pont, mélancoliques des bons souvenirs déjà évanescents, pensifs des émotions de la journée. Peu après le coucher du soleil, le long des rivages d'Ithaque, nous serons à l'ouverture du restaurant. Le dernier repas grec sur un petit morceau de Grèce, au large, sous pavillon italien et direction internationale, sera emprunt d'une certaine mélancolie. Tout le monde sera profondément endormi, occupés à chercher d'espoirs au coeur de ses rêves, à l'escale d'Igoumenitsa, près du milieu de la nuit.
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