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Agia Fotini-Réthymnon-Agia Fotini, environ 95 km, un peu plus de 2 heures de route.
LA CANEE, CHANIA OU HANIA, CRETE
CHEF-LIEU DU NOME DE RETHYMNON
RESTAURANT LOGGIA, RETHYMNON
GALERIE OMODAMOS, RETHYMNON
VISITE AU MONASTERE DE PREVELI VERS LE RETOUR PAR HERAKLION |
Le soleil brille encore sur Agia Fotini mais la mer c'est creusée au cours de la nuit. Sans le moindre vent, les vagues frappent fort contre l'esquisse de quai qui sépare la taverne Agia Fotia de la mer et certaine viennent déjà s'écraser contre le mur de la terrasse. Le petit déjeuner prend des parfums iodés dans un air discrètement chargé d'embruns. Le spectacle grandiose de la mer est martelé des coups sourds de ses attaques du rivage et du diminuendo de l'eau qui retombe sur les rochers.
Nous prenons la route vers Kissou Kambos, vers la côte nord de la Crète, encore hésitants sur le choix de notre destination finale : La Canée ou Réthymnon.
Le ciel est bien chargé sur le versant nord de l'Assideroto et il ne fait plus aucun doute que nous allons tester l'étanchéité de notre réparation de fortune aujourd'hui encore. Les premiers essais à 90 km/h, vitesse maximum hors agglomération en Grèce, voies rapides et autoroutes exceptées, sont encourageants : le niveau sonore est acceptable, le bricolage ne vibre pas. Tout occupés à ces considérations pratiques, nous sommes bien vite dans les premiers quartiers de Réthymnon où la circulation se fait brutalement dense. Je mesure tout le handicap de l'obstruction visuelle sur la droite. Au pas dans une circulation encore jamais expérimentée à Réthymnon, je pense combien il aurait été simple de mettre une pièce auto dans un avion vers la Crète depuis Zurich, à l'assistance voyages ETI du TCS, et glisse clairement du Spirit of Matala vers celui de Hells Angels sous speed. Nous parvenons enfin au parking affiché complet, du jamais vu. Quelques véhicules franchissent la barrière suite à une fausse manoeuvre de la caissière et, prenant une option totalement opposée à celles de mes concurrents d'infortune, je tire le seul ticket gagnant : la place libre ; je vais finir par croire aux miracles...
La porte Guora est la voie royale à pénétrer dans le vieux Réthymnon, en passant dans l'ombre du minaret, depuis l'Eglise des quatre Martyrs près de laquelle nous sommes garés. Après quelque pas dans l'Ethnikis Antistaseos, il est temps de s'égarer, au gré des inspirations, vers le port vénitien. Plusieurs rencontres agréables émaillent la promenade qui nous amènera à découvrir la galerie Omodamos, attirés par ses originalités. Depuis le printemps, même le coeur de la vielle ville a encore perdu un peu de son âme, vendue dans l'espoir de vivre mieux. Espoirs majoritairement déçu à en croire les échos recueillis dans cette partie de Réthymnon de plus en plus sensible aux saisons. Nous affronterons, glaciaux, le racolage des restaurants du port vénitien, en quête de nouvelles de l'inénarrable Vassilis. La taverna Vassilis est restée le dernier bastion d'une certaine authenticité jusqu'en octobre 2009, où la descendance avait déjà repris le flambeau. En juin 2010, elle était abandonnée, fermée, et l'est toujours : pincement au coeur ; le Vassilis était une figure, un personnage, quelque chose est mort dans le vieux port de Réthymnon. Une expérience Mouragio Maria nous ayant suffit, nous fuirons bien vite et nous déjeunerons à la taverne Loggia, rue Fotaki. Accueil, service, cuisine, familials ; c'est très agréable, très correcte et très raisonnable sauf les portions qui elles sont pantagruéliques. Ce n'est certainement pas raisonnable mais on ne va pas critiquer la générosité ? On se sent bien au Loggia, à l'écart, comme préservés, des dérives environnantes. Nous passerons rue Arkadiou, envahie de franchisés des grandes enseignes. Vous y trouverez très exactement ce que vous trouvez chez vous, un peu plus cher ; la saison des acheteurs potentiels de produits parfaitement inaccessibles aux salaires grecs moyens est courte à Réthymnon. Il est décidément grand temps de profiter des vacances à replonger dans la vraie Crète. Nous ferons encore un petit détour vers mon disquaire grec préféré, celui qui vend des CDs et des pantoufles : Music Planet, rue Kalgeri. On y écoute de la musique en buvant du raki accompagné de quelques fruits : il reste des originaux à Réthymnon, de plus en plus rares.
Il pleuvine sur la route du retour à l'authenticité. Nous y ferons juste une dernière concession au côté pratique qui facilite bien l'aventure de nos jours, dans le dernier bastion du tourisme sur la route d'Agia Fotini : le bancomate de Spili. Il reste une petite demi-heure de route, sans rencontrer âme qui vive, depuis Kissou Kambos, avant de rejoindre la quiétude absolue du fief de Stavros Perakis. La mer c'est encore creusée sous un ciel gris d'outre-tombe. Les vagues s'écrasent, de plus en plus nombreuses, sur la terrasse de l'Agia Fotia. On est au bord de la mer, la vraie, celle que l'on respecte, celle qui envoûte ; on trinque à sa beauté, à sa grandeur. La contemplation est brutalement interrompue : mais il parle de vous ! La plus grande est à la lecture de l'article, fièrement encadré, paru dans le Guardian du 4 juillet 2009. Il est de la plume d'Aida Edemariam avec qui nous avons passé l'une de ces soirées où sont généreusement invités les clients de l'Agia Fotia par la famille Perakis au milieu des siens. Deux petits mots en sont Maîtres : Ya mas. A ces mots, les barrières linguistique s'effondrent à construire un moment d'une rare convivialité, un souvenir rare. Eh oui, ces deux Suisses, amoureux de ces lieux hors du temps, c'est tes parents... A l'heure du dîner la mer c'est faite apothéotique. Il ne reste que la dernière rangée de table et nous sommes tous alignés le long du mur, enveloppés d'embruns. Le feston des vagues les plus fortes n'hésite pas à s'attabler en notre compagnie. Le couple d'anglais voisin partage notre émotion et notre avis que là nous touchons au sublime. La famille de Stavros, à notre gauche, un peu ébahie de l'enthousiasme ambiant pense très fort que décidément le touriste est une race pour le moins surprenante. La satisfaction et le bien être de l'hôte étant la priorité de l'accueil crétois, le bonheur des visiteurs sera vite la source du leur. En pleine mer, le menu est vite choisi : ouzo et poissons. La fête est totale. Merci Sravros, merci la mer pour cette soirée grandiose à jamais inoubliable.
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